lundi 17 février 2014

Campagne de France 1814

J'habite à Orléans. Enfin pas loin.
Cela signifie que l'histoire locale se résume à une année : 1429.
1429 c'est la libération de la ville par Jeanne d'Arc.
En dehors de cela, vous ne trouverez quasiment rien sur l'histoire d'Orléans et encore moins sur l'Empire.
A croire que cette ville s'est endormie sur sa grande tradition royaliste et a fait le mort pendant la période allant de la Révolution française au retour de Louis XVIII !

Sauf qu'en fouillant un peu, on trouve autre chose que la seule histoire de la Pucelle.
Je vous propose ici de suivre ce qui s'est passé à côté de chez moi il y a exactement 200 ans.
Ah oui, 2014 n'est pas que le centenaire de la Grande Guerre. C'est aussi le bicentenaire de la Campagne de France de 1814.


La France Impériale en 1814


Suite à la désastreuse retraite de Russie, en 1812, et après les revers non moins déplorables de la campagne de 1813 en Allemagne, les débris de l’armée française furent refoulés sur le Rhin et réduits à défendre les anciennes frontières de la France.

Les soldats des nations alliées s’avançaient, menaçant à la fois toutes nos frontières, aussi bien celles du sud-ouest par l’Espagne et les Pyrénées, que celles du sud-est, de l’est et du nord-est par les Alpes, l’Italie, la Suisse, les provinces rhénanes, l’Allemagne et la Belgique.
Repoussés sur tous les points par l’immense supériorité numérique de l’ennemi, les différents corps français cédaient le terrain pied à pied.
 
Le 31 décembre, l’armée prussienne, sous le commandement du général Blücher, passait également le Rhin, depuis Mannheim jusqu’à Coblence.

Du 2 au 25 janvier 1814, les Alliés pénètrent rapidement en territoire français et leur ligne d’opérations est établie sur la Saône, l’Ain, la Meuse et la Marne.

Du 10 au 14 février, combats de Champaubert, Montmirail, Vauchamp, dans lesquels Napoléon, perdant peu de monde, anéantit une armée de 80.000 Prussiens et Russes.

Mais l’ennemi était suivi par des effectifs si nombreux qu’il pouvait facilement réparer ses pertes et recommencer la lutte. Au contraire, l’armée française, sans moyens de se renforcer, voyait diminuer ses forces, même à chaque victoire.
C’est ainsi que malgré leurs dernières défaites, des corps autrichiens, bavarois et russes s’étaient emparés, du 10 au 14 février, des villes de Nogent-sur-Seine, Sens et Pont-sur-Yonne, préparant par ces manoeuvres la marche de l’armée alliée sur Paris. Les coalisés, malgré leurs pertes, étaient donc parvenus dès le milieu du mois de février à pénétrer jusqu’au coeur de la France, menaçant sa capitale à la fois par le nord, l’est et le sud-est.


Le Gâtinais

Les combats qui venaient d’être livrés en Champagne avaient conduit les troupes étrangères de la vallée de la Seine dans celle de l’Yonne. Dès les premiers jours de février, elles occupaient la ligne qui s’étend de Pont-sur-Yonne à Montereau.
Il ne restait plus aux alliés qu’à franchir le Loing pour envahir les plaines du Gâtinais, dépourvues de défenseurs, tourner la ville de Fontainebleau, à peine gardée par quelques conscrits et par l’Ecole militaire des pupilles de la garde, et s’avancer,  presque sans obstacle, jusqu’à Orléans et la Loire.

La possession de la route impériale n°51 était de la plus grande importance pour maintenir les communications de l’armée française opérant en Champagne, avec celle dite d’Espagne alors rentrée en France et commandée par le maréchal Soult.
L’Empereur ne pouvait disposer que de quelques escadrons de dragons revenus d’Espagne, pour observer et garder les passages de l’Essonne.
Ces dragons, organisés en petits détachements de La Chapelle-la-Reine à Manchecourt, où était leur corps principal, battaient constamment la campagne, poussant des reconnaissances dans les différentes directions par lesquelles l’ennemi pourrait se présenter.

Cette cavalerie se composait de vétérans de la guerre d’Espagne. En cas de trop grande disproportion de forces, ces dragons avaient ordre de se retirer sur la forêt de Fontainebleau, afin de couvrir cette ville, laissant la voie libre aux troupes ennemies.

Les alliés étaient descendus de la Champagne dans la Basse-Bourgogne, occupant la ligne de l’Yonne depuis Joigny et Sens jusqu’à près de Montereau.
Ils se disposaient à franchir le Loing, à Montargis, Souppes, ou même à Nemours. Leurs colonnes, détachées de l’armée sous les ordres du prince Schwarzenberg, s’avançaient d’un côté par Sens, Courtenay et Ferrières vers Montargis ; de l’autre, par Lorrez-le-Bocage et Chéroy sur Nemours : leur objectif était la route de Paris à Lyon par le Bourbonnais, afin d’intercepter les communications et couper le corps d’armée du Maréchal Augereau, chargé de couvrir Lyon, de l’armée commandée par l’Empereur.

Les troupes alliées qui s’avançaient vers cette route était composée d’environ huit mille de cavaliers russes et cosaques, accompagnés de plusieurs  batteries d’artillerie. Ils étaient sous les ordres supérieurs du général Platov et du général russe Seslavine.

Dès le commencement de février, des partis de Cosaques, échappant à la cavalerie française, trop peu nombreuse pour les contenir, avaient poussé des reconnaissances dans la vallée de l’Yonne et s’étaient établis entre Sens et Courtenay, sans rencontrer un seul soldat français.
Le 2 février, ils s’étaient avancés jusqu’à la hauteur de Souppes, pour reconnaître les ponts sur le Loing et le canal.
Toutes les communes rurales étaient sur le qui-vive ; on y avait organisé une garde nationale armée de piques et de fusil de chasse. Montargis était la seule ville gardée par un détachement de troupe de ligne.
On profita de l’absence de Cosaques des environs de Courtenay pour évacuer sur Fontainebleau, Nemours, Montargis et Pithiviers, une partie des nombreux militaires français malades, ou blessés dans les derniers combats.
Le 12 février, quelques éclaireurs russes se présentèrent à Montargis, observant ce qui se passait dans la ville et cherchant à s’assurer qu’elle n’était plus gardée par une force française régulière et finit par occuper la ville.
Le lundi 14 février, à 9 heures du matin, le général russe leva son camp, n’y laissant qu’un officier et 60 Cosaques.
Le général Seslavine, se mis en route avec son corps se dirigea par la route de Beaune vers Pithiviers où entrèrent ses cavaliers.
le 16 février, vers midi, le général Seslavine se mit en marche avec toutes ses forces, s’élevant à près de trois mille hommes et plusieurs pièces de canon en direction de Bellegarde.

 Les cosaques à Châteauneuf-sur-Loire

Le Général Chasseraux, à qui le commandement du département du Loiret a été confié, arrive à Orléans le 14 février 1814 après s’être fait attendre durant plus de deux semaines.
Il trouve la ville d’Orléans en travaux suite à la prise en charge de la défense de la ville par le général-comte Chasseloup.
Ces quelques menus travaux consistaient essentiellement en un renforcement de palissades et des diverses portes de la ville. 


Le 16 février, Châteauneuf-sur-Loire voit arriver une petite troupe d’une vingtaine de cosaques en provenance de Bellegarde. Celle-ci ne fera aucune tentative contre la ville. En effet, Châteauneuf est gardé par environ 1200 hommes (2 bataillons de gardes nationales de Vendée soit 1000 hommes et d’environ 160 hommes issus de régiments d’infanterie de ligne), commandés par le major Guillemin du 26ème régiment d’infanterie de ligne.
Les cosaques reviennent cependant en nombre le 17 février vers 17h. Ils sont 1500 et accompagnés de 2 pièces d’artillerie.
Une fusillade s’engage et le major Guillemin va très vite devoir faire face à la défection des gardes vendéennes. En effet celles-ci, sans uniforme, n’ayant qu’à peine 200 fusils en état de faire feu, s’enfuient au premier coup de fusil.
Les Russes sont cependant repoussés et vont établir leur quartier général dans la ferme de la Pavillière sur la route de Bellegarde


 

Se trouvant avec peu de troupes et malgré l’avantage pris sur les troupes cosaques, le major se replie sur la route d’Orléans et prend position dans le secteur de Bionne.
Les Russes occupent alors Châteauneuf-sur-Loire qu’ils pillent, et poussent jusqu’à Saint-Denis-de l’Hôtel où ils s’emparent d’une douzaine de bateaux, les rendant ainsi à même de passer sur la rive gauche du fleuve par Jargeau (Le pont, dont plusieurs arches s’étaient écroulé au fil du temps, était remplacé par un bac depuis 1790).



Le combat de Bionne



Alerté vers 5 heures du matin le 18 février, le général Chasseraux fait envoyer à Bionne un détachement de 200 hommes de ligne accompagnés par 15 cavaliers du 4ème régiment de dragons, vétérans de la campagne d’Espagne (Division Treillard, Brigade Ismert).
Bionne est un hameau de Saint-Jean-de-Braye, situé au nord de la route, mais concernant aussi le château homonyme, situé lui au sud de la route, et siège du domaine de M. de La Feuillez.
La garde urbaine, peu disposée à se porter à l’ennemi, est quant à elle chargée du service intérieur.

Les troupes présentes à Bionne sont placées sous le commandement du major Lagneau du 155ème régiment d’infanterie de ligne.
Les avant-postes cosaques sont poursuivis sur 2 lieues. Les 15 dragons, menés par le Maréchal des Logis Granad, lancent une charge sur 40 cosaques, en tuent 8 ainsi qu’un officier. Ils doivent cependant refluer face à une charge de 400 cosaques, abandonnant les 12 prisonniers qu’ils ramenaient avec eux.
L’ennemi fit alors avancer ses pièces d’artillerie mais celles-ci ne firent au final que du bruit, n’éprouvant pas les troupes françaises qui durent cependant se replier sur la position de Bionne.

À ce moment, le général Chasseraux n’avait pas d’artillerie à opposer aux Russes, et il espérait l’arrivée du général Sparre accompagné de 2 batteries d’artillerie et de 2 régiments de dragons. Ce dernier était à la Ferté-Saint-Aubin pour réunir sa brigade et n’arrivera vers Orléans que le 24 février.
Les Français se trouvent alors bientôt à court de munitions et ce n’est que vers 23 heures qu’ils purent à nouveau en être pourvus.
Le général Seslavin adresse alors, par l’intermédiaire du maire de Semoy, une sommation de se rendre : « La ville d’Orléans est en danger. Si on ne la rend pas, alors le corps qui vient sous le commendement (sic) du général faire bruler (sic) la ville. »
Le général et le conseil municipal décident de ne pas en tenir compte.

À Orléans, les gardes nationales d’Ille-et-Vilaine et des Deux-Sèvres furent placées sur le rempart entre les portes Bourgogne et Saint Vincent.
Les troupes placées à Bionne furent rejointes par les cadres des 27ème et 69ème régiments de lignes présents à Orléans.
À minuit, les troupes cosaques lancèrent un hourra général, mais ce mouvement avait été anticipé et leurs cavaliers furent accueillis par des salves à bout portant, perdant ainsi 30 hommes et 2 officiers.
Ils furent finalement repoussés le 19 février à la pointe du jour et s’enfuirent en direction de Châteauneuf-sur-Loire et Bellegarde. 

Les pertes françaises ne sont estimées qu’à environ 11 tués et une trentaine de blessés alors que les pertes russes sont d’environ 80 tués pour une centaine de blessés.
La bonne tenue des troupes devant Orléans vaudra au général Chasseraux un témoignage de satisfaction de la part de l’Empereur. 

L’échec du général Seslavine devant Orléans, ainsi que la victoire de l’Empereur à la bataille de Montereau hâtera le départ des troupes russes du Loiret. En effet, Un ordre de l’Empereur Alexandre envoya le général Seslavine sur l’extrême droite de l’armée du Prince Lichtenstein.
Le général quitta le Loiret par Montereau et Provins pour relever le général Diebitsch.
Pendant cette marche précipitée, les Russes rencontrèrent près de Bellegarde un détachement de deux cents hommes du 155e de ligne, conscrits pour la plupart, et dont une partie seulement était armée mais sans cartouches. Les Cosaques les entourèrent, et sans leur donner le temps de se défendre, ils en firent 114 prisonniers, qu’ils forcèrent à les suivre en continuant leur retraite.
Le dimanche 20 février, à huit heures du matin, le général Seslavine, avec sa division, traversait de nouveau Montargis. Il n’y fit qu’une courte halte pour laisser quelques heures de repos aux hommes et aux chevaux harassés de fatigue. A deux heures après-midi, toute la colonne se remettait en marche, se dirigeant sur Sens et Villeneuve-le-Roi, par Ferrières et Courtenay, d’où elle était venue. A quatre heures il ne restait plus un seul Cosaque à Montargis.

L’état des troupes et des pertes
Au moment de l’arrivée des cosaques à Orléans, le général Chasseraux a à sa disposition des troupes d’origines diverses.
La garde urbaine d’Orléans n’est créée que depuis environ 3 semaines et est peu encline à sortir de la ville pour se frotter aux envahisseurs.
Les gardes nationales d’Ille-et-Vilaine et des Deux-Sèvres ne seront armées que de piques et se tiendront sur les remparts de la ville.
Les troupes régulières présentes à Orléans sont issues de divers régiments. Nous avons pu identifier dans les divers rapports et courriers la présence de membres des 155ème, 153ème, 27ème, 69ème régiments d’infanterie de ligne ainsi que d’une quinzaine de dragons du 4ème régiment.

Il dut cependant également se trouver des membres d’autres régiments.
Nous en trouvons trace dans un courrier du maire d’Orléans parlant du major Guillemin du 26ème régiment. Il s’agit de l’officier qui commande les troupes présentes à Châteauneuf-sur-Loire le 17 février. S’agit-il du 26ème régiment d’infanterie de ligne, légère, ou du 26ème régiment de chasseur à cheval (voir ci-dessous) ?

Le Tableau des officiers tués et blessés pendant les guerres de l’empire, par Martinien fait également état du sous-lieutenant Clere du 26ème régiment de chasseur à cheval blessé le 19 février à l’affaire entre Bionne et Orléans, du sous-lieutenant Fraissinet du 23ème régiment d’infanterie légère blessé à Bionne le même jour.

Deux autres officiers, membres de régiments cités précédemment ont également été blessés.
Il s’agit du capitaine Faure du 155ème régiment d’infanterie de ligne, qui a eu la cuisse gauche cassée par un coup de feu le 18 février à l’affaire d’Orléans.
Le capitaine Renault du 153ème régiment d’infanterie de ligne est également noté comme ayant été blessé à la cuisse droite, mais le lieu du combat est incertain (Le Martinien donne le capitaine Renault blessé à la bataille de Montereau (p. 382) alors que Jean-Pierre Mir (Mémento sur la campagne de France, p. 213) le note blessé à l’affaire d’Orléans).
Stanislas Baudry, chef du 1er bataillon de la garde nationale mobile de Loire-Inférieure, présent à Châteauneuf-sur-Loire et au combat de Bionne, fait également état de la présence du 15ème chasseurs et de quelques cavaliers. Le terme de chasseurs s’applique à deux types de troupes distinctes : l’infanterie légère et la cavalerie légère. S’agit-il de membres du 15ème régiment d’infanterie légère ou du 15ème régiment de chasseurs à cheval, nous n’en trouvons pas de précisions.

 

Les lieux exacts du combat de Bionne : une énigme.
Réussir à placer géographiquement avec certitude les lieux même de l’engagement avec les troupes du général Seslavine n’est pas chose aisée.
Le général Chasseraux et tous les courriers ou rapports officiels parlent de Bionne comme le lieu de ce combat.
Une lettre de M. de la Feuilliez, propriétaire du domaine de Bionne, évoque cependant le passage des troupes russes sur le pont de Bionne et en aucun cas le déroulement d’un combat, ce qui laisse supposer qu’il s’est déroulé sur cette même commune de Saint-Jean-de-Braye, dans la côte où il a pu être observé par les envoyés de la préfecture, postés non loin du café le « Narval » actuel.

L’historique du 155ème régiment d’infanterie de ligne nous donne une autre précision : « Le major Lagneau n'ayant pas d'artillerie à leur opposer et manquant de cartouches rétrograda sur Orléans. Les troupes de la place furent réparties sur les remparts ». Aucune indication concernant ce retrait des troupes françaises de Bionne n’est cependant évoqué par le Général Chasseraux dans son rapport.
 


 

Le maire d’Orléans Crignon Desormeaux  nous précise tout de même : « On entendit des fusillades ennemies très près de la porte de la ville. Le commandant de la place fit lui-même des reconnaissances avec de fortes patrouilles et débarqua des tirailleurs ennemis qui s’étaient avancés presque sous les murs à minuit. Le calme le plus profond commença à régner. On voyait à une lieue de la ville les feux ennemis. Toutes les troupes de la garnison bivouaquèrent sur la place et sur les remparts où elles allumèrent leurs feux. »


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Demain je vous présenterai les 2 généraux présents lors de ce combat, ou du moins chargé du commandement... ainsi que les troupes russes en présence.
Ah et puis aussi une petite histoire sur un pauvre soldat...

En espérant que ce récit un peu long vous ait plût et que cela puisse vous pousser à faire vous-même vos recherches sur ce qui s'est passé à côté de chez vous. Parce que ce que je n'ai pas précisé, c'est que j'ai grandit à 500 mètres au plus des lieux de ce combat sans le savoir. 
et après, on peut toujours croire que j'aime le 1erEmpire par hasard !!

Vous retrouverez un résumé de tout ceci sur ce site dédié à la Campagne de France de 1814 :
http://www.campagnede1814.com/

3 commentaires:

  1. Un petit bug de couleur... Voilà c'est corrigé, merci à Franck !! ;)

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  2. Bonjour Monsieur,
    Notre comité des Sages histoire de Semoy, recherche des documents sur son passé.Sur votre blog qui est vraiment très bien réalisé, un document nous intéresse, la lettre de Mr Dallière maire de Semoy. Pourrions -nous utiliser ce document avec votre accord et en mentionnant votre source.
    Bien cordialement
    Marie-Thérèse Guellier

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  3. Bonjour,
    Merci pour votre commentaire.
    Pouvez-vous me contacter par mail ?

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